Quand j’étais enfant, de mémoire, le premier métier…

Quand j’étais enfant, de mémoire, le premier métier que j’ai voulu faire, pendant 3 minutes seulement, a été « Sainte Bettina » : il n’y en avait pas dans le calendrier, c’était une aubaine. Puis j’ai réalisé qu’il fallait éviter le péché de la gourmandise et qu’en prime, j’aurais peut-être à traverser, comme les autres saintes, quelques horribles supplices… alors j’ai renoncé. En revanche, le métier dont je n’aurais jamais voulu : « Bonne sœur » ! Et c’était l’angoisse car on nous disait dans l’école de mon enfance qu’on pouvait un jour se retrouver « appelée par le Seigneur »… Mon Dieu ! Quelle horreur ! Alors je mettais parfois sur mes cheveux longs un jupon, avec l’élastique calé sur le front, pour voir comment je serais avec les cheveux cachés… Ah ! C’était abominable ! Et par chance, comme j’étais assez espiègle, j’ai été virée de l’école de bonnes sœurs à la fin de l’année et le Seigneur ne m’a jamais appelée.

Après, vers 12 ans, cela s’est mieux construit : j’ai souhaité devenir « une star de cinéma aux joues creuses », comme Greta Garbo dont j’avais un gigantesque poster dans ma chambre. Il faut dire que ma grand-mère que j’adorais la trouvait magnifique. J’ai vite vu que cela serait compliqué car j’étais joufflue et… me faire arracher les dents ou m’avaler les joues, jour après jour, m’a paru insurmontable. Alors, j’ai opté pour un modèle plus récent, moins papier glacé : Audrey Hepburn. Et j’ai attendu qu’elle grossisse de partout, tout en espérant qu’elle garde ses immenses beaux yeux. Le temps passait, elle restait très mince-maigre, les yeux toujours sublimes et j’ai su que je n’y arriverai jamais. Et ce d’autant que j’abordais l’adolescence et que le physique se gâtait un peu/sacrément… tandis que mes sœurs aînées commençaient à devenir divines !

 Alors j’ai décidé de miser sur un éventuel côté intello pour ne pas rentrer dans la compèt’ avec mes sœurs. Et j’ai regardé si le métier d’ethnologue pouvait me capter pour la vie : finalement non. Je me suis donc rabattue avec bonheur sur les livres : je me suis mise à dévorer toutes sortes de bouquins et à entrer dans la peau de gens cachés, au nom célèbre, et qui auraient pu sortir de l’ombre, un jour, couvés des yeux par Bernard Pivot. Oui, voilà, je rêvais de devenir « célèbre pour mes combats héroïques » ou « Auteur » ! Là, il y avait du choix, même si on vantait surtout les hommes. Tant qu’à faire, je visais des modèles qui avaient fait grand bruit : Simone Veil (bon, mais les combats n’étaient plus les mêmes…) ou la première femme qui se préparait à être astronaute (OK, mais il fallait me garantir le billet retour) ou encore Françoise Sagan (car publier « Bonjour, Tristesse » à 17 ans, cela faisait rêver… mais son mode de vie ne m’emballait pas). Alors, dépitée mais grisée, j’ai lu Molière, Platon, Marivaux, Musset, Anouilh, Malraux, London, Faulkner, Vian, Flaubert,  Maupassant,  Gide, Giraudoux, et… et… Je me régalais. Et plus je lisais plus je ressentais ma petitesse…

Puis je suis partie quelques semaines aux US, l’année où le premier homme a marché sur la lune. Mon cœur a chaviré, tout est possible là bas ! Et j’y ai aussi rencontré Charlie Brown et Lucy. Je me suis exercée pour voir si je pouvais, vite fait, devenir créatrice de BD… Laisse tomber… Quand tu as lu beaucoup mais quasiment jamais de la BD, c’est difficile de se lâcher et sur les onomatopées et sur le crayon… Au même moment, le peanut butter là bas m’avait rendue dingue, je suis revenue en France avec une pêche d’enfer, plus joufflue que jamais ! A la maison, nous avons alors entamé une période de grandes manœuvres : j’avais deux mois pour reprendre une « contenance un peu plus contenue »… Le régime a fait son effet et je suis entrée dans ma vie littéraire au Lycée Henri IV, mince (et toujours un peu joufflue), prête à fumer des Gauloises, siroter au comptoir un ballon de rouge avec mes potes après les cours, brassant de grandes idées et m’annexant la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Et j’ai lu encore un max : Beauvoir, Sartre, Cocteau, Nabokov, Tolstoï, Nietzsche, Mishima, Tanizaki, Rousseau, Céline, Goldoni, Beaumarchais et… et…

Mon récit s’arrête là. Nous sommes en 1972, fin des classes prépas au lycée. La suite m’appartient même si sur LinkedIn ou Facebook ou sur un CV, vous y verrez le fil rouge qui me mène jusqu’à aujourd’hui ! Entretemps, Pivot a arrêté Apostrophes, les astronautes s’attaquent à Mars, le travail des ethnologues ne me captive pas vraiment et je porte toujours haut et fort mon grand rêve : si je devenais enfin un jour aussi géniale que Florian Zeller ou Yasmina Reza, serions-nous tour à tour dans les mêmes grands théâtres ? (Oui, je sais,  j’ai accumulé un sacré retard !) Malgré tout, c’est si bon, L’Espoir… Ça vous donne de la légèreté même si l’écriture a ses exigences. Et je souffre de la phrase de Flaubert à Maupassant, inspirée de Buffon : « Le talent n’est qu’une longue patience. Travaillez. »

La pédophilie = péché, = crime. => La prison : ça calmerait, non ?

Enfin, l’Eglise de terrain  dit « péché » pour qualifier la pédophilie. Il était temps que les évêques entendent les mots du Pape François qui, lui, avait déjà parlé de « péché grave » et de « monstruosité » !

Pour ce « crime » insupportable sur la jeunesse, une peine de prison et un accompagnement psychologique pourraient faire réfléchir davantage qu’un monastère ou un confessionnal, non ?

Et on ne doit plus pouvoir envisager de rester en charge des enfants si on a été pédophile.

A LIRE :

Pour Mgr Lalanne, la pédophilie est finalement « un péché grave »

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Cécile Chambraud

http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/04/06/pour-mgr-lalanne-la-pedophilie-ne-serait-pas-un-peche_4897264_1653130.html