Le métro parisien. Profil bas.

Il fait froid et humide dehors.  Le métro, 11h du matin, une heure creuse dans le trafic parisien. En haut de la station, guichet fermé, ambiance morte.

En bas, sur le quai, les bancs  sont squattés par des pauvres gens : matelas, vêtements, couvertures, et des petits caddies bardés de choses sont « garés », un peu plus loin. Une installation similaire occupe le quai d’en face, en vis-à-vis. Les voyageurs en attendant leur train sont mal à l’aise : ils ont l’impression d’avoir déboulé brutalement dans l’intimité de quelques démunis…

Dans la rame, un premier gars dépose des petits papiers sur les sièges, seul moyen pour lui de communiquer avec nous pour nous demander de l’argent. Quand il récupère ses papiers, il fait une courbette humble à chacun puis, soudain, face à un homme jeune, il fait des tas de gestes pour  demander des sous.  « J’ai rien, dit le jeune, je suis étudiant ! Pourquoi moi ? J’ai rien, moi ». Le mendiant ressort. Un autre arrive, il apostrophe le wagon pour nous demander de l’aide. On ne comprend pas tout, il n’a pas une voix de ténor mais il a ses habitudes et c’est son rite, pour survivre. Il passe entre les fauteuils, la main tendue et il ressort à son tour.

Pause… Je regarde un type, l’air pas cool, qui détaille de la tête aux pieds une femme un peu trop chic qui est entrée dans le wagon. Elle se sent malvenue et fourrage dans son sac pour se donner contenance.

Devant moi, une femme au visage fermé, reçoit un appel téléphonique. Elle prend sur elle pour être aimable en parlant… mais les mots tombent, drus, pas gais : « Je viens, je continue quand même,  j’arrive, même si c’est difficile pour moi. Comptez sur moi… Et pour mon… (On lui parle, elle se tait et écoute...)  …vous pensez que cela sera réglé rapidement ? » A la fin de l’appel, elle se prend la tête dans les mains et se recroqueville. Elle est mal, elle a mal. J’ai comme l’impression que c’est le salaire qui a du retard mais que le boulot, mieux vaut le garder…

J’arrive à la station qui précède le terminus. Tout le monde descend sauf une personne et moi… La portière est encore ouverte… Je reste ou je saute sur le quai ? Je regarde vite fait la tête et l’allure de L’AUTRE… Même pas peur ! Je suis restée. En fait, les trains bondés, c’est plus rassurant… On ne se pose pas de question, on fonce dans le tas et on y reste.

Nos ministres, nos candidats à la présidence, prennent-ils parfois le métro, à des heures variées et sans escorte, pour mieux connaître leur monde ? Toutes les lignes, même les plus difficiles… ? Car dans le métro, les castes se mélangent, se jaugent, se font face, s’entraident, se touchent, se blessent, se parlent ou s’entre-tuent… En quelques secondes, tout peut basculer dans un sens ou dans l’autre parce qu’on ne sait rien des autres. On croit voir, on suppute… Chacun a juste ses propres émotions et pulsions. Dérapages possibles.